Septembre 2004 Nous sommes tous de bons artisans!
Entre nous , je crois que nous avons un métier fabuleux, éprouvant et usant…mais fabuleux. Fabuleux parce qu’i l nous autorise une liberté totale dans nos vies : on a le droit de ne rien faire, d’aller jouer au golf ou de prendre une heure pour aller boire un café, mais surtout, on a le droit de travailler.
Car ne nous y trompons pas, travailler est notre droit le plus élémentaire. Et surtout, c’est un droit qui tend à devenir précieux : le droit de finir un dossier à 22 heures si on le souhaite, le droit de faire de la compta le week-end…
Il me semble aujourd’hui que ce droit de travailler (à ne pas confondre avec le droit au travail - sic - ou pire, la prime à l’emploi) est un droit extrêmement important et réservé à une infime partie de la population.
Car enfin, si on est salarié, avouons-le, on n’a aucun droit.
Le droit de travailler des salariés ? Une foutaise ! Le salarié évolue dans un carcan moral et social qui lui interdit de travailler plus que ce pour quoi il est payé.
S’il travaille trop, les autres salariés lui en voudront ou encore il pensera, sa femme pensera, les autres penseront, que le « patron » (ou l’actionnaire, enfin l’artisan quoi) se goinfrera le produit de son travail. Finalement, ce pauvre besogneux n’aura travaillé que pour un salaire qu’il aurait de toute manière touché, même en travaillant moins. Alors à quoi bon, il vaut mieux en faire moins. Ne pas donner de mauvaises habitudes…
Alors oui, je confirme que le droit de travailler est réservé au seul responsable (comprenez « artisan ») au sens étroit du terme : responsable de son travail, responsable de sa société, de son échec ou de son éclatante réussite, responsable de sa vie.
Eh oui, VOUS, les chefs d’entreprises, avez un droit extraordinaire : celui de travailler.
Et c’est un droit précieux que j’espère, vous goûtez comme moi chaque jour.
Bien sûr la responsabilité qui accompagne ce droit est écrasante : si vous vous trébuchez , VOUS êtes responsable , si l’entreprise défaille, VOUS êtes responsable, si vos salariés se plantent, VOUS êtes seul(e) responsable. Pour de vrai.
C’est peut être pour cela qu’il nous faut quand même des coupables, histoire de nous déresponsabiliser un petit peu, de nous soulager. Et justement , nous les avons nos parfaits coupables : tous ces diables de fonctionnaires , ces doryphores qui ne font que dilapider les richesses que l’on crée à la sueur de notre harassement. 25 heures par jour, 7 JOURS sur 7, 365 jours par an.
Mais voilà , c’est là que le bât blesse, nos fonctionnaires sont utiles : ils permettent que nous ayons de la lumière et que nos ordinateurs fonctionnent, ils permettent que nos aînés goûtent le repos mérité de la retraite , ils permettent que nos enfants apprennent à vivre en sécurité sans qu’il soit nécessaire que nous déployons une armée de gardes, de psy et autres précepteurs , ils permettent enfin que nos routes soient entretenues et nos hôpitaux nous accueillent.
Alors que faire pour que cette responsabilité soit moins oppressante, pour que notre liberté soit partagée ?
Car , c’est peut-être là qu’il faut chercher la cause du décès de deux inspecteurs du travail en ce triste mois de septembre.
Trop de responsabilité sur un homme libre de travailler mais las de combattre, las d’être seul à assumer et qui en ces deux personnes, a imaginé la source de ses maux et le parfait exutoire à ses malheurs.
J’ignore si je suis dans le vrai, mais c’est bien triste pour ces inspecteurs, pour leur famille, et pour notre confrère.
Quel gâchis. En vérité, c’est cher la liberté.
Hervé DIAZ
Dirigeant d’ADERA
Cabinet spécialisé dans la recherche de subventions |